Réflexions sur la meilleure banque centrale au monde, la Banque Nationale Suisse.

Par Charles Gave

Commençons par une évidence : depuis 2016, la plupart des prix dans les marchés financiers n’ont rien à voir avec des prix de marché et le cours du franc suisse par rapport au dollar en est un bon exemple. Prenons ce cours du franc suisse (par rapport au dollar) et comparons le résultat aux réserves de change de notre voisin Suisse.

Logiquement, le cours du dollar par rapport au franc suisse devrait être aux alentours 1. 25 dollars par FS, et il est à 1.08.

Et donc, depuis 2016, la Banque Nationale Suisse (BNS) a dû acheter avec des francs suisses des dollars, pour empêcher le FS de monter massivement et ensuite utiliser ces dollars pour acheter quelque chose d’autre dont le prix est en dollar. Le taux de change est stable, mais les réserves de change montent.

Dans le bon vieux temps, c’est-à-dire de 1970 à 2016, quand il y avait trop de dollars dans le système, les détenteurs de ces dollars achetaient des francs suisses que la BNS imprimaient pour éviter que le cours du FS ne passe au travers du toit. Et avec ces dollars, la BNS achetait des obligations de l’Etat Américain, ce qui était raisonnable tant que les taux d’intérêts sur les obligations US étaient satisfaisants.

Normalement, ces achats déclenchaient une hausse de la masse monétaire Suisse, ce qui aurait dû amener à une accélération de l’inflation chez nos voisins, mais il n’en était rien puisque les détenteurs de ces francs suisses les collaient dans un coffre à l’UBS, ce qui voulait dire que la vélocité de ces francs suisses était égale à zéro et que donc, ces nouveaux dépôts n’étaient prêtés à personne et donc n’avait aucun effet sur les prix.

Changement de décor en 2016.

La BCE et la Fed amènent leurs taux courts à zéro ou en dessous et annoncent une politique « d’euthanasie du rentier », ce qui veut dire en termes clairs que ces deux banques centrales veulent ruiner les détenteurs d’obligations émises par leur pays, en refusant de les rémunérer pour le « risque du temps. ».

Or, la BNS est parmi les plus gros détenteurs d’obligations américaines (et allemandes) et elle a dû se dire qu’il était complètement idiot d’acheter les obligations des Etats-Unis…

Ce qui a dû l’amener à se poser la question : mais que faire de tous ces dollars qu’elle devait acheter pour empêcher le franc suisse de monter ?

Réponse : elle pouvait acheter soit des actions américaines (à la place des obligations), soit de l’or. Dans ce papier, je vais traiter de l’achat des actions US par la BNS me réservant de traiter de l’or dans un papier ultérieur.

Première question donc : la BNS a-t-elle acheté des actions US depuis 2016 ?

Réponse :  des tombereaux…

A ce sujet, je sais deux choses et je suis sûr que les lecteurs suisses vont pouvoir produire à l’intention des lecteurs de l’IDL des chiffres un peu plus précis que ceux que je cite ici.

  1. La BNS a acheté surtout les actions des « GAFA » et, du coup, elle est l’un des plus gros actionnaires d’Apple, Microsoft, Alphabet et Facebook et, qui plus est, elle a acheté beaucoup de ces positions pendant la chute des trois premiers mois de 2020. Et bravo aux gnomes de Zurich…
  2. Entre fin juin 2020 et fin juin 2021, la BNS a enregistré une hausse de la valeur de ce portefeuille d’environ 65 milliards de dollars, ce qui veut dire que les positions initiales devaient être d’au moins 150 milliards de dollars, ce qui n’est pas rien.

Dans les cycles précédents, la BNS aurait acheté principalement des obligations US et de l’or, qui sont éminemment des positions « anti fragiles ».

Comme la BNS, en raison de ces achats dans le passé est bourrée et d’or et d’obligations US, les investisseurs internationaux se disent, et à juste titre, que le Franc Suisse est anti-fragile et se précipitent donc pour acheter la monnaie helvétique, pour se protéger contre un krach éventuel.

L’arbitrage pour la BNS était simple : des investisseurs internationaux qui avaient trop de dollars, fragiles, voulaient s’en débarrasser et les échanger contre des francs suisses, anti-fragiles.

Qu’à cela ne tienne !

La BNS en imprime autant qu’ils en veulent, prend les dollars offerts en échange et achète les actions des meilleures sociétés US .

Ce faisant, elle accumule un capital monstrueux au profit des citoyens Suisses, sans que cela lui coûte un sou, et transforme la BNS en fonds souverain du style Adia ou fonds norvégien, sans que quiconque en Suisse ait besoin de mettre la main à la poche.

Et du coup, l’on voit l’avantage extraordinaire que représente le fait qu’une monnaie ait été gérée sainement depuis toujours : Tous ceux qui veulent préserver la valeur de leur cash sans volatilité aucune dans leur portefeuille, achètent » l’anti-fragilité du FS » quand ils craignent une baisse de leurs positions « fragiles », ce qui permet aux Suisses de se retourner et d’acheter avec les monnaies qui ont été gérées n’importe comment les actifs productifs mais fragiles des autres pays.

C’est dans le fond ce que les Etats-Unis ont fait de 1945 à 1971…

Si ,selon la célèbre formule de Rueff » l’inflation c’est de subventionner des dépenses qui ne rapportent rien avec de l’argent qui n’existe pas », alors, les Suisses, en refusant de suivre des politiques inflationnistes depuis toujours « créent à partir de rien une monnaie dont la valeur vient du fait qu’elle est anti-fragile, ce qui leur permet d’acheter les actifs fragiles chez les autres », sans dépenser un franc suisse.

Bien joué l’artiste !

Celui qui achète du FS aujourd’hui se retrouve donc à la tête d’un portefeuille remarquablement diversifié où il trouve de l’or (anti-fragile), des obligations US (anti-fragile, mais de moins en moins) probablement des obligations chinoises ( qui deviennent de plus en plus anti fragile avec le temps qui passe , mais je ne sais pas dans quelle proportion) et depuis peu, des postions gigantesques dans les meilleures sociétés du monde, en particulier aux USA.

Et il pourra dépenser son argent dans un pays qui a des comptes courants monstrueusement excédentaires, aucune inflation, une industrie florissante, aucun risque politique, le niveau de vie le plus élevé du monde, un système de santé parmi les meilleurs au monde…

Et je défie quiconque (les Suisses exclus) de me nommer un seul économiste, homme politique ou banquier central suisse, cela expliquant sans aucun doute ceci…

Donc, avoir du FS dans la partie anti fragile de son portefeuille est sans doute une bonne idée, mais cela laisse entière la question de l’or, que j’essaierai de traiter la semaine prochaine.

Mais en conclusion de ce premier papier sur la BNS et le FS, j’aimerais montrer ce graphique.

Il s’agit du rapport entre la valeur des réserves en or de la BNS en Franc Suisse et la valeur, toujours en FS, des autres réserves.

Et c’est sans doute le moment de rappeler ici que dans n’importe quel bilan, l’or est un actif qui n’est au passif de personne.

Et donc le ratio ci-dessus est le rapport entre un actif qui appartient vraiment à son détenteur et un actif qui paiera ce que j’attends, à condition que l’émetteur de cet actif ne fasse pas faillite.

Et il semble que nous arrivons au moment où la BNS va se mettre à acheter de l’or et à vendre des réserves, si comme je le pense, la BNS gère ses réserves comme je recommande de gérer son portefeuille, en « rebalançant » les actifs vers la position structurelle choisie par le Conseil d’Administration.

Et si c’est le cas pour la BNS, je ne doute pas que ce sera le cas pour bien d’autres banques centrales, dont la banque centrale Chinoise, et c’est ce dont je vous parlerai la semaine prochaine.

Le moment où les banques centrales vont se mettre à acheter de l’or à nouveau se rapproche à toute allure.

Source: https://institutdeslibertes.org/reflexions-sur-la-meilleure-banque-centrale-au-monde-la-banque-nationale-suisse/

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